L'homme cherche encore : extrait du conte intitulé Le chant du Cygne.
[…] « Ça y est, j’ai
trouvé ! » s’écria le singe. “Je te la confie. Passe-la
au suivant. – Ah ! Quelle joie de
pouvoir la tenir dans ma patte ! s’extasia la panthère, fière et
enthousiaste, prise au jeu. – Attention ! À la
moindre imprudence, elle disparaîtra, et ce serait dommage ! ajouta le
lion. – Bien ! dit la
panthère qui, à son tour, tendit sa patte au beau cheval sauvage qui venait
d’arriver dans la plaine. Il ne faut pas qu’elle t’échappe, précisa-t-elle. – T’inquiète ! Je la
tiens !” hennit le cheval, en affichant un large sourire. « Ainsi de suite,
chacun confiait ce quelque chose à l’autre. Tout le monde s’amusait bien, et le
jeu se déroulait dans une ambiance bon enfant. Tous se passaient la bulle
d’air, qui allait de main en main, jusqu’à arriver finalement dans la main de
l’homme. Celui-ci éclata de rire en sentant la patte de la coccinelle, ferma le
poing puis, curieux, l’ouvrit pour examiner le curieux présent. Sous les yeux avides
des autres animaux, l’homme observa sa main… qui était vide ! Il paniqua,
croyant avoir perdu cette chose inestimable ! Il se leva et s’agita dans
tous les sens pour essayer de retrouver la bulle d’air. Sentant le poids des
regards des animaux, il se mit à courir partout. Alors ne regardant pas devant
lui et ne pensant qu’à la bulle perdue, il tomba dans un cours d’eau glacée.
Reprenant conscience, il se débattit pour regagner le rivage. Cependant,
maladroit, il glissa sur les pierres qui en couvraient le fond, et fut emporté
par le courant. Plus loin, à moitié assommé, il parvint à attraper la branche
d’un arbre pour sortir de l’eau et se réchauffer au soleil. Soudain, le ciel s’assombrit,
les nuages l’envahirent, et comme si ce n’était pas suffisant, la pluie se mit à
tomber. L’homme avait faim, froid, et était bien fatigué, loin de chez lui. Les
autres criaient : “Reviens, l’homme ! Ce n’est qu’un jeu !” Mais
mal en point et se sentant coupable d’avoir perdu la bulle, il la cherche
depuis ce temps-là ! " raconte le singe.
– Le pauvre !
s’exclama le lézard, bouche bée.
Puis il enfonça sa main dans l’eau en
direction des bulles d’air qui remontaient à la surface pour en saisir
une dans son poing, et se mit à raconter :
«Un beau jour, tout
le monde, y compris l’homme, alla se promener. Au milieu de la journée, le lion
voulut jouer. Tout à coup, il sauta en l’air et fit semblant d’attraper quelque
chose, disons une bulle d’air comme
celle que je tiens dans ma main, dit le singe. Puis le lion tendit sa patte fermée à la panthère en disant :
– Je me demande ce qui a pu bien
passer par la tête de l’homme ! soupira l’ourse.
– On ne sait pas !
Peut-être qu’il a cru que c’était la fin du monde et que sa vie en
dépendait ! expliqua le singe.
– C’est quand même malheureux ! » dit
l’ourse dans un éclat de rire qu’elle ne put retenir.
La joie,
comme une traînée de poudre, envahit tout le groupe. Mais à force de
rire, l’ourse perdit l’équilibre, et sa patte se coinça entre deux
rochers : elle était incapable de se libérer. Stoppés dans leur
mouvement, certains continuaient à rire, y compris l’ourse elle-même.
«
L’ourse, ta patte ! » dit le lézard, joyeux et inquiet en même temps.
«
L’homme cherche encore ! » prononçait l’ourse, morte de rire et près de
s’écrouler. Les autres s’empressèrent de la tenir debout pour maintenir
sa tête hors de l’eau. Et le cygne plongea pour aider l’ourse à s’en
sortir. Mais quand le cygne refit surface, l’ourse s’écroula sur lui.
«
L’hooomme cheerche encooore, dit-elle d’une voix entrecoupée de rires.
–
Tu veux bien te taire avant de nous faire tuer ! rétorqua le cygne.
–
Maman, c’est qui, l’homme ? demanda un ourson à sa mère. Est-ce qu’il
est inoffensif ou, au contraire, méchant et cruel ?
– C’eeest
ceeelui quiii cheeerche encooore ! répondit-elle entre deux éclats de
rire. Daaans le doooute, jeee teee cooonseille deee l’éééviter. » […]